Congeler des tomates : entières ou en coulis

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Conservation & anti-gaspi

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Septembre, les tomates ne valent plus rien au marché et le potager en sort encore par cagettes. Tu peux en manger en salade tous les jours pendant trois semaines, ou tu peux te dire qu’en janvier, une sauce faite avec de vraies tomates d’été, ça a un autre goût que la boîte. Congeler des tomates, c’est facile, ça ne demande ni stérilisateur ni bocaux. Il faut juste savoir à quoi ça sert, et à quoi ça ne servira jamais.

Le contrat : des tomates à cuire, pas à croquer

Une tomate congelée, une fois décongelée, est molle, affaissée, elle rend son eau. Elle ne retourne pas en salade, ni sur un sandwich, ni dans un tian. Si tu cherches à garder des tomates fraîches pour les manger crues encore quelques jours, ce n’est pas le congélateur qu’il te faut, c’est le plan de travail et un peu de méthode — j’en parle dans bien conserver les légumes d’été.

En revanche pour tout ce qui cuit — sauce, soupe, ratatouille, chakchouka, fond de plat mijoté — la tomate congelée est aussi bonne que fraîche, et bien meilleure qu’une tomate d’hiver sous serre. C’est là qu’on va.

Entières et crues : la méthode paresseuse, et la meilleure

Tu ne fais rien. Tu ne pèles pas, tu n’épépines pas, tu ne blanchis pas. Les tomates lavées, séchées, pédoncule retiré, vont entières dans un sac de congélation, l’air chassé, et au froid. Trente secondes par sac.

Le bonus que peu de gens connaissent : la peau s’enlève toute seule à la sortie. Tu passes la tomate gelée trente secondes sous l’eau tiède du robinet, tu presses, la peau glisse comme une chaussette. Plus besoin de monder les tomates à l’eau bouillante. Tu jettes la tomate pelée, encore dure, dans la casserole, et elle fond en cuisant.

Ma grand-mère n’aurait jamais cru à ce truc. Elle faisait ses bocaux de coulis fin août, une journée entière de cuisine, la maison en sauna, et elle regardait le congélateur de ma mère comme un gadget. Elle n’avait pas tort sur le goût du bocal. Elle avait tort sur le temps que ça prend.

En coulis : plus de place, plus de travail

Si ton congélateur est petit, les tomates entières prennent trop de volume. Alors tu cuis avant. Tomates coupées en quatre, un oignon, un filet d’huile d’olive, sel, une heure à découvert à feu doux jusqu’à ce que ça épaississe. Tu passes au moulin à légumes, grille moyenne — pas au mixeur, qui broie les graines et donne un coulis amer. Tu laisses refroidir complètement. Bacs à glaçons pour les petites doses, pots de yaourt en verre remplis aux trois quarts, ou sacs posés à plat qui gèlent en plaques fines et s’empilent. Un litre de coulis, c’est trois kilos de tomates, et ça tient dans une main.

Je ne fais pas les deux. Chaque année j’hésite, et chaque année je finis par congeler entier, parce que le coulis, c’est un dimanche après-midi que je n’ai pas. Si tu as le dimanche, le coulis est plus pratique à l’usage. Sinon, entières, et tu cuis en janvier.

Quelles tomates

Les charnues, peu juteuses : Roma, San Marzano, cornue des Andes, les tomates « à sauce ». Elles donnent une chair dense et peu d’eau. Les grosses rondes de salade passent, mais elles rendent beaucoup de jus, et ta sauce mettra plus longtemps à réduire. Les cerises se congèlent aussi, entières, et elles sont parfaites jetées gelées dans une poêle avec de l’ail pour une sauce express de pâtes.

Mûres, fermes, saines. Pas les tomates blettes ou fendues qui commencent à tourner : le congélateur arrête le temps, il ne le remonte pas. Pas les vertes non plus — elles ne mûriront jamais au froid. Les vertes de fin de saison, c’est un autre sujet : confiture de tomates vertes, ou tomates vertes frites.

Combien de temps

Huit à dix mois pour les entières crues, un an pour le coulis cuit. Sous vide, un peu plus. Au-delà, le givre s’installe et le goût devient plat. Date tes sacs — dans un congélateur, tout se ressemble une fois gelé, et une tomate ronde et un abricot dans un sac givré, à la lampe du garage, ça se confond. Le réflexe du marqueur vaut pour tout le congélateur.

Le sac qui a explosé

Une année, j’ai congelé des tomates entières dans un sac bien rempli, bien tassé, et posé debout entre deux boîtes. Les tomates gonflent un peu en gelant. Le sac a fendu, deux tomates ont roulé au fond du tiroir, et je les ai retrouvées trois mois plus tard, brûlées par le givre, dures comme des cailloux. Depuis : sacs remplis aux deux tiers, posés à plat, et je les range debout une fois qu’ils sont gelés, quand plus rien ne bouge. C’est bête, mais ça compte.

Comment les utiliser

Entières : sans décongélation, peau ôtée sous l’eau tiède, direct dans la casserole. Elles rendent leur eau en chauffant, tu laisses réduire un peu plus longtemps qu’avec des fraîches. Pour une sauce de pâtes, six tomates gelées, une gousse d’ail, huile d’olive, vingt-cinq minutes, sel, basilic si tu en as congelé aussi. Pour un plat mijoté, elles remplacent la boîte de tomates concassées, quantité pour quantité.

Coulis : au frigo la veille, ou directement dans la casserole à feu doux, couvercle fermé, le temps qu’il fonde. Il sert de base à des tomates farcies en hiver, à une pizza, à une soupe.

Ce que tu ne fais pas : décongeler des tomates entières au micro-ondes. Tu obtiens une flaque tiède avec une peau flottante. Et tu ne recongèles pas une tomate décongelée — comme pour tout le reste, c’est le chemin le plus court vers un goût de vieux frigo. Le surplus de septembre se congèle une fois, se cuit une fois, se mange. C’est tout ce qu’on lui demande.

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